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Comment le Chanoine Cluzel peut-il couronner de bâtisseur dignement, lui qui fait converger aux XIX-XXe siècles nombre de dons enrichissant inestimablement la pierre qu'il érige en église, dédiée à Saint-Joseph. En permettant au plus grand, au plus perfectionné, au plus bel orgue d'Auvergne de se lever de terre. En effet, c'est en 1902 que le Chanoine de Saint-Joseph fait appel à Charles Anneessens, l'un des grands symphonistes de son temps. Il répond par un projet de pas moins de 73 jeux, trois claviers et pédalier d'une étendue exceptionnelle (61 notes aux manuels et 32 à la pédale), d'une transmission dont Anneessens se réclamait le père :
Les nombreux orgues de ce facteur pouvaient satisfaire la confiance de l’abbé Cluzel. Et pourtant… ce projet tourne rapidement à la catastrophe.
La manufacture Anneessens fait faillite en février 1903, en pleine installation de l’orgue alors que l’inauguration est prévue pour la fête de Saint Joseph, le 19 mars. Le Maître organier meurt dans d’étranges circonstances. C’est un syndic de Tourcoing, M. Maillard, qui prend en charge l’aboutissement, tant bien que mal, des travaux : dès le mois d’octobre de la même année, des malfaçons sont constatées par une commission d’experts… Aujourd’hui, puisque le matériel n’a pas été changé à la souche, nous constatons que les sommiers ne seraient même pas ceux prévus à l’origine… sûrement des restes des entrepôts. En effet, l’orgue qui voit enfin le jour fin 1904 en l’église Saint Joseph est différent de ce qui est signé et prévu. Voilà la composition à la fin de la construction terminée par Léon Daem (facteur à Appelterre en Belgique) et Auguste Pecqueur & Fils d’Halluin (origine de la manufacture Anneessens) : Dès 1946, l’orgue est jugé dans un état tel qu’il faudrait y remédier par une restauration profonde. Pourtant, on ne peut qu’assurer de faibles travaux, menés par Marcel Gobin, facteur à Clermont-Ferrand.
En 1958 la manufacture Merklin & Kuhn envisage des travaux d’envergure. La correspondance entre les facteurs d’orgue et l’abbé témoignent de l’état de fatigue, voire même de « pré-délabrement », dans lequel se trouve l’instrument. Les travaux sont planifiés en 3 tranches. Aujourd’hui, presque toute la lumière est faite sur ces travaux : la première tranche est réalisée complètement, la seconde n’est pas tout à fait achevée et empiète même sur la troisième, bâclée pour défaut de paiement… En voilà la composition : Et voici aujourd’hui un orgue en état de labyrinthe. Une « grande parenthèse » s’ouvrant sur des capacités grandioses.
Un potentiel symphonique fort par les prouesses des harmonistes qui ont su s’affranchir d’un matériel sonore très hétérogène. Que faire de cet orgue entre parenthèses, vacillant entre une volonté originelle tout à fait claire (être un testament symphonique en un cadre rayonnant) et une réalité bien loin de ces rêves ? Comment le centre de la France peut-il devenir une alternative organistique aux capitales ronronnantes ? Loin du tumulte des ruches stagnantes, c’est en usant de rigueur et de sagesse que, forts d’une volonté ferme, nous ferons se relever le grand orgue de Saint Joseph. L’œuvre du Chanoine Cluzel n’a pas été terminée. C’est dans son esprit de vouloir faire rayonner son Eglise par le plus grand et le plus beau, dans celui du facteur Anneessens de répondre par le nec plus ultra, que nous avons élaboré ce projet, que nous faisons converger à lui les plus discrets et non moins précieux soutiens techniques et financiers, que nous réalisons, déjà, ce que nous entendons se rapprocher de nous : un orgue qui voit, qui entend et, enfin, s’exprime… |





















